Tenir un journal de recettes pour auto-entrepreneur

27 juin 2026
7 min de lecture

En micro-entreprise, le livre des recettes n’est pas une option : c’est une obligation légale. Bonne nouvelle, un simple tableur Excel suffit à le tenir, à condition de respecter quelques règles de forme. Je vous montre comment construire un journal de recettes conforme, qui calcule vos totaux mensuels et surveille vos seuils de TVA sans effort.

Une obligation, des mentions précises

Tout auto-entrepreneur doit tenir un livre des recettes, tenu chronologiquement. Pour chaque encaissement, la loi impose plusieurs mentions : la date, le montant, l’identité du client, la nature de la prestation et le mode de règlement (espèces, chèque, virement, carte). Un tableur bien colonné couvre tout cela d’un coup d’œil, et reste présentable en cas de contrôle.

Étape 1 : créer les colonnes obligatoires

Étape 1 : structurer l’en-tête

Réservez une colonne par mention. Je recommande l’ordre suivant : Date, Référence, Client, Nature, Mode de règlement, Montant. Saisissez systématiquement les dates au format jj/mm/aaaa, faute de quoi vos calculs mensuels ne fonctionneront pas correctement.

Étape 2 : remplir le journal au fil de l’eau

L’intérêt d’un journal est d’être tenu en continu, recette après recette. Voici un exemple sur deux mois.

Date Réf. Client Nature Règlement Montant (€)
06/01/2026 2026-001 Dupont SARL Prestation conseil Virement 1 200,00
14/01/2026 2026-002 M. Martin Formation Chèque 450,00
23/01/2026 2026-003 Atelier Léa Création visuelle Carte 680,00
05/02/2026 2026-004 Boutique Nord Maintenance site Virement 300,00
17/02/2026 2026-005 Dupont SARL Prestation conseil Virement 900,00

Un conseil tiré de l’expérience : figez la première ligne (les en-têtes) et activez le filtre automatique. Vous pourrez ainsi faire défiler des centaines de recettes sans perdre vos repères, et isoler en un clic un client ou un mode de règlement. Pensez également à protéger la feuille une fois la saisie d’un mois close, pour éviter d’écraser par erreur une donnée déjà déclarée.

Étape 3 : totaliser par mois

C’est ici que SOMME.SI.ENS (SUMIFS) fait merveille. En encadrant la période par deux critères de date, vous totalisez chaque mois automatiquement. Supposons les montants en colonne F et les dates en colonne A. Pour le total de janvier 2026 :

=SUMIFS(F2:F100,A2:A100,">=01/01/2026",A2:A100,"<=31/01/2026")

Pour février 2026, on décale simplement les bornes :

=SUMIFS(F2:F100,A2:A100,">=01/02/2026",A2:A100,"<=29/02/2026")

Vous pouvez aussi totaliser par mode de règlement, par exemple les seuls virements :

=SUMIF(E2:E100,"Virement",F2:F100)

Notez que SOMME.SI.ENS additionne sans se soucier de l’ordre des lignes : vous pouvez saisir vos recettes au fur et à mesure, sans les ranger par date, le total mensuel restera juste. C’est un confort appréciable au quotidien, car on enregistre rarement ses encaissements dans un ordre parfait. La seule exigence est que la colonne de dates soit bien au format date, et non du texte déguisé en date.

Étape 4 : suivre le cumul annuel

Le cumul depuis le début de l’année conditionne vos seuils. Une somme simple suffit :

=SUM(F2:F100)

Pour sécuriser ce total contre les cellules vides ou les erreurs de saisie, encapsulez-le :

=IFERROR(SUM(F2:F100),0)

Étape 5 : surveiller les seuils de TVA

En micro-entreprise, vous bénéficiez de la franchise en base de TVA tant que votre chiffre d’affaires reste sous certains seuils. Au-delà, vous devez facturer la TVA. Pour être alerté automatiquement, comparez votre cumul au seuil applicable à votre activité (saisi en cellule H1) :

=IF(SUM(F2:F100)>H1,"Seuil dépassé : TVA applicable","Franchise en base OK")

Cette alerte visuelle vous évite la mauvaise surprise d’un dépassement non anticipé. Les seuils évoluant régulièrement, vérifiez chaque année la valeur à inscrire en H1.

Étape 6 : préparer sa déclaration de chiffre d’affaires

Chaque mois ou chaque trimestre, vous devez déclarer votre chiffre d’affaires à l’URSSAF. Votre journal fait déjà le travail : le total de la période, obtenu par SOMME.SI.ENS, correspond exactement au montant à reporter. Inutile de tout recompter à la main. Mieux, si votre activité mêle ventes et prestations de services soumises à des taux de cotisations différents, ajoutez une colonne « Type » et ventilez vos totaux :

=SUMIFS(F2:F100,G2:G100,"Prestation",A2:A100,">=01/01/2026",A2:A100,"<=31/03/2026")

Vous obtenez ainsi, en une formule, le chiffre d’affaires de prestations du premier trimestre, prêt à être reporté dans la bonne case de votre déclaration. C’est exactement le genre d’automatisation qui transforme une corvée trimestrielle en formalité de cinq minutes.

Pourquoi la rigueur paie

On me demande souvent si tout ceci est vraiment nécessaire pour une « petite » activité. Ma réponse est invariable : oui, et plus l’activité grandit, plus l’absence de journal coûte cher. Un livre des recettes tenu proprement, dès le premier euro, vous protège lors d’un contrôle, vous évite de payer des cotisations en retard, et vous donne une vision honnête de votre rentabilité. Beaucoup d’auto-entrepreneurs découvrent trop tard qu’ils ont franchi un seuil ou sous-estimé leurs cotisations, faute de suivi. Le tableur ne demande que quelques minutes par semaine ; le redressement, lui, se compte en mois de stress. Entre les deux, le choix me paraît vite fait.

Pour aller plus loin et croiser recettes et dépenses, appuyez-vous sur un livre des recettes et dépenses pour micro-entreprise, et pilotez votre activité au quotidien avec un tableau de bord auto-entrepreneur.

Erreurs courantes

  • Enregistrer la facturation plutôt que l’encaissement : le livre des recettes recense les sommes effectivement encaissées, à la date de l’encaissement, pas à la date de la facture.
  • Oublier le mode de règlement : c’est une mention obligatoire. Une colonne vide peut être reprochée en cas de contrôle.
  • Négliger les seuils de TVA : un dépassement passé inaperçu vous oblige à facturer la TVA rétroactivement. Surveillez le cumul en permanence.
  • Modifier des lignes anciennes : un livre de recettes se tient chronologiquement et ne se réécrit pas. Corrigez par une nouvelle ligne, jamais en effaçant le passé.

Questions fréquentes

Le format Excel est-il accepté par l’administration ?

Oui, le livre des recettes peut être tenu sous forme numérique, y compris dans un tableur, dès lors que toutes les mentions obligatoires y figurent et qu’il est conservé. Pensez à l’archiver et à le sauvegarder régulièrement.

Dois-je aussi tenir un registre des achats ?

Le registre des achats n’est obligatoire que pour les activités de vente de marchandises. Les prestataires de services n’y sont pas tenus, mais suivre ses dépenses reste fortement recommandé pour piloter sa rentabilité.

Que se passe-t-il si je dépasse le seuil de TVA ?

Au-delà du seuil de franchise, vous devez facturer et reverser la TVA, ce qui change votre tarification. Un dépassement ponctuel bénéficie parfois d’une tolérance, mais un dépassement durable vous fait perdre la franchise. D’où l’importance de la surveiller dans votre journal.

Combien de temps conserver mon livre des recettes ?

Conservez-le, ainsi que les pièces justificatives associées, pendant la durée légale de prescription, soit plusieurs années. En pratique, gardez vos fichiers et vos justificatifs au moins six ans pour être tranquille en cas de contrôle.

Dois-je numéroter mes recettes ?

Une référence chronologique par encaissement est vivement conseillée, même si elle n’est pas toujours strictement imposée. Elle facilite les rapprochements avec vos factures et donne à votre journal un caractère sérieux et inaltérable. Une numérotation continue, sans trou ni doublon, démontre que rien n’a été supprimé.

En résumé

Tenir un journal de recettes dans Excel répond à une obligation légale tout en vous offrant un outil de pilotage précieux. Colonnez correctement vos mentions obligatoires, saisissez à la date d’encaissement, totalisez chaque mois avec SOMME.SI.ENS et surveillez votre cumul face aux seuils de TVA grâce à une simple alerte conditionnelle. Tenu au fil de l’eau, ce journal se met à jour en quelques minutes par semaine et vous épargne le stress des déclarations et des contrôles. C’est, pour un auto-entrepreneur, l’un des meilleurs investissements de temps qui soient.

Léa Fontaine
À propos de l'autrice
Léa Fontaine
Rédactrice & conseillère en gestion

Léa Fontaine est rédactrice spécialisée en gestion et comptabilité. Elle traduit les règles fiscales et sociales françaises (TVA, micro-entreprise, cotisations URSSAF) en guides clairs, étape par étape, que chacun peut suivre sans être comptable.